L’enseignement de la morale à l’école

Après avoir reçu le rapport qu’il avait commandé « Pour un enseignement laïque de la morale » (avril 2013), le Ministre de l’Education nationale a annoncé que dès la rentrée 2015, tous les élèves français se verraient dispenser, de l’école primaire au lycée, un « enseignement moral et civique » obligatoire.
Jusqu’en 1880, notre système éducatif (très inégalitaire) était fortement influencé par l’Eglise, et le ciment social se formait alors autour de l’enseignement du respect de préceptes religieux et de règles strictes de morale (instruction religieuse). Les lois Jules Ferry rendent d’abord l’enseignement primaire public et gratuit (1881), et ensuite laïc et obligatoire (1882). On n’en abandonne pas pour autant la morale, car « la morale est indissociable de l’acte éducatif, il n’y a pas d’éducation sans morale » (Laurence Loeffel, co-rédactrice du rapport sur la morale laïque). Celle-ci est enseignée à travers « l’instruction civique et morale », qui devient au fil du temps « l’éducation civique », mais tend à s’amenuiser après mai 1968 sous la pression de la « liberté de conscience ». Débarrassé de ses aspects confessionnels (« par respect de toutes les religions ») ou dogmatiques (« pour éviter l’expression d’une morale d’Etat »), l’enseignement abandonne progressivement les maximes et les morales de fables pour s’orienter vers une démarche basée sur la réflexion et la raison, afin de permettre à l’enfant de « construire librement son jugement »…
Le résultat n’a pas toujours été à la hauteur de ses objectifs vertueux. On observe trop souvent dans les écoles françaises des élèves, parfois très jeunes, en perte ou en manque de repères, chez qui le sens des valeurs et du bien commun fait défaut, n’ayant d’autre terrain d’expression que la violence (verbale ou physique) pour affirmer leur être (ou leur mal-être ?). Notre société ne serait-elle pas devenue trop permissive après 1968 ? Et ne voudrait-on pas maintenant que l’école joue le rôle qui, auparavant, était dévolu aux parents et qui devrait toujours être le leur : celui d’éduquer les enfants, alors que le rôle de l’école est de transmettre des connaissances aux élèves, d’éveiller et d’aiguiser leur esprit par l’apprentissage des raisonnements.
Etait-il besoin d’attendre une nouvelle réforme à l’horizon 2015 pour admettre que l’école a aussi la fonction de socialiser, d’apprendre progressivement aux enfants à intégrer cette dimension sociale qui fera d’eux des citoyens responsables, conscients qu’aucune vie sociale ne peut exister sans l’acceptation de règles partagées ? N’est-il pas dans la mission de l’enseignant d’instaurer dans sa classe le respect de chacun et les règles de comportement permettant le travail collectif, les vertus de l’effort, et le refus de la triche ? Chaque enseignant devrait pour cela naturellement recevoir le soutien appuyé des parents et de sa hiérarchie, pour que la politique éducative scolaire apparaisse comme le « levier permettant aux élèves, au sein des établissements, de trouver un sens à l’apprentissage de la citoyenneté et des règles de la vie dans une société démocratique, d’exercer leur esprit critique et de comprendre les enjeux complexes du monde contemporain dans lequel ils seront des adultes conscients de leurs droits et de leurs responsabilités » (rapport cité d’avril 2013).

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